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SNUipp-FSU 87 Haute-Vienne

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6 novembre 2013

RIS rythmes scolaires : "halte aux rythmes infernaux" !

1er constat : une trentaine de collègues présents, une ATSEM, un CEMEA, quelques parents, alors que la RIS de Février dernier sur le même thème avait réuni environ 70 collègues. C’est un "dégât collatéral" de la réforme des rythmes : il est plus difficile de se mobiliser après une journée de classe quand on est soumis toute la semaine à un rythme effréné.

Les RIS sur le temps de travail (mercredi matin) se heurtant au problème du non remplacement et/ou au refus d’autorisation de certains inspecteurs, il est donc devenu plus difficile d’exercer son droit syndical ; ce qui est tout de même paradoxal sous un gouvernement de gauche ( ?)... Il est pourtant primordial que les collègues préservent cet espace d’information et d’échange en participant aux 2 RIS auxquelles ils ont droit, sous peine de voir ce droit tomber en désuétude.

Rythmes scolaires, rappel historique :

Quelques dates...

1884 : l’horaire hebdomadaire scolaire est fixé à 30 heures sur 5 jours (du lundi au samedi, le jeudi est libéré) .

1922 : Le mois de vacances est allongé de 15 jours pour permettre aux enfants de travailler aux champs et reconstruire le pays, détruit par la Guerre ( 14-18).

1936 : Instauration des congés payés, mise en place du calendrier des vacances scolaires en fonction du ministre du Tourisme.

1937 : 2 semaines de vacances sont ajoutées, pour le bien-être des enfants. Et pour éviter une revalorisation du salaire des enseignants.

1968 : Le zonage des vacances scolaires mis en place pour faciliter le tourisme.

1969 : les 30 heures de cours passent à 27h00 ( le samedi après-midi est libéré)

1972 : Le jeudi (jour de congé) est remplacé par le mercredi.

1980 : Découpage de l’année scolaire en périodes de 5 à 7 semaines de cours coupées par des périodes de vacances de 2 semaines

1998 : le CEL (Contrat Educatif Local) voit le jour. Des activités périscolaires sportives ou culturelles sont proposées le midi ou le soir en lien avec les collectivités locales volontaires.

2008 : Application de la semaine de 4 jours dans le premier degré avec passage aux 24 heures de classe plus l’APE

Nouvelle réforme des rythmes scolaires : chronique d’une réforme mal engagée !

Nous avons ensuite informé les participants du Courrier envoyé par le SNUipp-FSU au MEN pour la "Priorité au primaire".

Alors que les collègues consultés par le SNUipp-FSU jugent que la réforme des rythmes n’est pas la grand priorité pour la réussite des élèves (Sept-Oct 2012), ce sera la mesure phare de la loi de refondation .

Un 1er scénario prévoyant 25 heures devant la classe entière est retoqué par le SNUipp-FSU.

A l’initiative du SNUipp-FSU, les syndicats demandent une table ronde réunissant les représentants des collectivités locales, des parents et des enseignants.

Face aux 1ers scénarii du ministre, le SNUipp-FSU alerte sur les conséquences pour la vie quotidienne des élèves et des enseignants d’une réforme non financée. Il demande à ce que les collectivités locales tiennent compte de l’avis des enseignants.

En janvier 2013, le projet de décret relatif à l’aménagement du temps scolaire est désavoué par la communauté éducative ( 5 voix pour sur 60 votants, la FSU avec le SNUipp prenant ses responsabiltés en votant contre)

Après avoir interpelé le ministre, le SNUipp-FSU appelle à la grève le 12 février( 60 % de grévistes) pour refuser la réforme actuelle et demander la réécriture du décret.

Dans notre département, la réforme se met en place à marche forcée ; ce sera près de 80 % des écoles qui passeront aux nouveaux rythmes dés 2013 mais nationalement, ce ne seront que 22,3 % des élèves qui changeront de rythme à la rentrée 2013. Le report à 2014 est massif et devrait interroger le gouvernement.

Mais celui-ci continue à vouloir imposer sa réforme pour tous dès Septembre 2014 dans l’aveuglement le plus total ; le rapport de force est engagé !

Rythmes : quel constat ?

Localement le SNUipp-FSU 87 a consulté les collègues par voie de mail et continuera à aller chercher les informations sur le terrain. A partir des remontées et des interventions de la salle, on peut dresser un 1er bilan qui, comme on s’y attendait, n’est guère brillant :

- le rythme de l’enfant n’est pas mieux respecté qu’avec la semaine de 4 jours : la journée de présence à l’école n’est écourtée que pour quelques enfants. La majorité d’entre eux subit une journée aussi lourde que les années précédentes avec un temps de garderie en hausse et plus de mercredi matin pour échapper à la collectivité (même si bien sûr tous n’y échappaient pas auparavant) D’autre part, les journées ne sont pas toutes égales : un jour, l’école finit à 15 h, le lendemain à 16h ; un jour l’école reprend à 14h , le lendemain à 15h ...

Des enfants fatigués donc, autant qu’avant, plus ? Difficile à évaluer... mais une certitude : ce n’est pas l’école le mercredi matin qui résoudra ce problème. Le SNUipp-FSU ne cesse de le répéter : la fatigue tient aussi et surtout aux conditions d’accueil et d’enseignement des élèves ; apprendre dans une classe de 20 élèves est bien moins générateur de fatigue que travailler dans une classe de 30. Avoir des temps de décloisonnement rendus possibles par plus de maîtres que de classes est également salutaire comme le sont des locaux, du matériel adaptés, un temps calme possible à la pause méridienne ...

Et la fatigue de l’enfant n’est pas que celle de l’école : quid de ces enfants, dont des tout-petits, déposés à l’école à 7h30 le matin et récupérés vers 18h ? La réforme des rythmes n’y changera rien et c’est à l’ensemble des citoyens de s’interroger sur ce problème-là.

- les activités péri-éducatives sont inégales tant dans la durée que dans le contenu. De 2 activités par semaine pour chaque enfant à une activité peut-être pour une période de l’année, le fossé est grand !

Sur Limoges, le constat est sévère : dans les ZEP peu de changement par rapport aux années antérieures où des activités étaient déjà proposées à la pause méridienne ou après l’école ; les activités ne vont se mettre en place que maintenant (les intervenants qui devaient arriver dès la rentrée des vacances d’automne sont encore attendus dans certaines écoles) et l’offre est largement insuffisante : les directeurs se voient obligés de choisir les enfants qui pourront bénéficier d’un atelier (là encore une nouvelle responsabilité lourde à porter) !

Partout le problème des intervenants se posent : un responsable des CEMEA présent dans la salle témoigne de l’absence de demande pour former des animateurs alors que cette réforme aurait pu (du) permettre l’émergence de nouveaux métiers. En lieu de quoi, l’encadrement repose quasi exclusivement sur l’emploi de précaires, de personnels communaux déplacés de leur fonction habituelle, de bénévoles ... tous non formés ! Les ATSEM sont souvent obligées de changer d’horaires, de missions, sans qu’elles aient été consultées.

Pour les enfants et particulièrement ceux de maternelle, le problème du "changement de casquette" des adultes référents est générateur de confusion : la surveillante de cantine ou l’ATSEM deviennent animatrices et les exigences varient selon le moment de la journée.

Même chose pour les locaux : selon l’heure de la journée, on a le droit de faire ou pas faire telle ou telle activité dans la classe ou la salle de jeux...

L’occupation des locaux est un vrai casse-tête car l’utilisation des salles de l’école soit empêche les enseignants de travailler dans leur classe après l’école soit empêche le personnel communal de faire le ménage ...

En tout cas beaucoup d’amertume et de colère de la part des directeurs : peu ont "osé" refuser de s’occuper de l’organisation des activités péri-éducatives, ceux-là se sont bien sûr vus taxer de mauvaise volonté mais ceux qui ont accepté cette mission se sont vus reprocher ... leur mauvaise volonté ( !) alors même qu’ils ont passé des heures à informer les enfants, les parents, à récolter les demandes, répartir les enfants ... Tous les collègues directeurs ou adjoints font leur maximum pour que "tout roule" s’occupant après l’école des enfants égarés entre la garderie, l’atelier ... et une nouvelle fois ce sont les enseignants qui sont stigmatisés. Quand cela cessera-t-il ?

Dernière inquiétude et pas des moindres pour ces activités : des associations plus ou moins clairement identifiées comme associations catholiques proposent leur aide aux municipalités qui, coincées par les difficultés de mise en œuvre de la réforme, font appel à elles. On voit les risques de dérive que cela occasionne.

- et le rythme des enseignants ?

Les enseignants présents et d’autres, nombreux à en témoigner, se disent fatigués, plus que d’habitude ; la 1ère période a été difficile avec l’impression d’une course poursuite effrénée. La pause méridienne plus longue souvent est peu propice à un travail fructueux ; l’après-midi de classe est écourtée mais souvent d’une petite demie-heure ce qui n’est pas très significatif.

Mais au-delà de cette fatigue, le discours entendu reflète avant tout le "Ras le bol" d’être montré du doigt comme ceux qui ne veulent pas renoncer à leurs petits privilèges (le mercredi matin) et se mettent donc en travers de la route pour une école meilleure pour les enfants. Comment supporter un tel discours quand on sait l’engagement des enseignants au quotidien ?

Les collègues reprochent avec force au gouvernement et à leur hiérarchie plus directe de ne pas leur faire confiance ; comment avancer dans ces conditions ?

La surcharge de paperasse inutile, le caporalisme de certains IEN, l’inintérêt des conférences pédagogiques .. sont pointés du doigt.

De plus la réforme entraîne une baisse de salaire ; une collègue du Nord du département dit (outre la fatigue d’un trajet supplémentaire) avoir plus de 130 euros de frais supplémentaires par mois depuis la réforme (un plein d’essence plus frais de garde pour son enfant) . Ce n’est pas la prime de 400 euros annuels allouée par le gouvernement qui contrebalancera cette hausse de frais. Et n’oublions pas que le gel du point d’indice, décidé sous le précédent gouvernement, a été confirmé par l’actuel !

De quoi entretenir un marasme auquel nous poussent déjà les difficultés liées à l’exercice d’un métier complexe et exigeant.

Conséquences

Vincent Peillon a réaffirmé une nouvelle fois sur France Inter que cette réforme "était utile à l’apprentissage des enfants", mais nul ne peut croire que la réforme des rythmes scolaires pourraient suffire à elle seule à résoudre l’échec scolaire.

Par contre elle a des conséquences non négligeables :

- la marchandisation de l’école

L’offensive néolibérale n’épargne que bien peu de secteurs dans sa volonté de faire passer la plupart des activités humaines sous les fourches caudines de la loi du marché. L’éducation n’y échappe pas : il est vrai qu’elle aiguise les convoitises. Elle recèle en effet les potentialités d’un gigantesque marché mondial.

En amont, le détricotage de l’école maternelle, opéré sous le précédent gouvernement, pour lui substituer progressivement les jardins d’éveil privés constitue une illustration éclairante : ainsi, suite aux fermetures de classes imposées par le gouvernement, le taux de scolarisation des 2 ans est passé de 35 % à 20 % depuis 2002

En aval, la formation professionnelle déléguée aux entreprises a été largement favorisée par l’abandon pur et simple de certaines formations et la suppression du bac pro en 4 ans.

Pour contrebalancer ces effets dévastateurs il faudrait une politique d’envergure mais comme les moyens n’y sont pas, on nous donne en pâture une réforme des rythmes qui ne peut que dysfonctionner si les moyens de l’état ne l’accompagne pas.

Et si l’école publique dysfonctionne, les raisons de se tourner vers le privé seront d’autant plus nombreuses ... (comme si l’hôpital dysfonctionne ...)

Comment ne pas s’indigner que les écoles privées qui touchent les subsides de l’état pour toute la partie enseignement ne soient pas soumises aux mêmes exigences que l’école privée ? La réforme des rythmes ne s’impose pas aux écoles privées !

Cela n’empêche pas ces mêmes écoles de prétendre à la (petite) manne de l’état allouée au service public d’éducation pour le périscolaire ainsi que le souligne Eddy Khaldi : "Cependant, une fois de plus, l’annonce de subsides aux écoles publiques a réveillé les intérêts égoïstes de l’enseignement catholique. Celui-ci revendique une parité de financement malgré la disparité des obligations. La réforme des rythmes scolaires ne peut pas s’imposer à des écoles privées sous contrat pour ne pas contrevenir à leur « liberté ». Autoriser ce financement, c’est une aberration. L’Etat peut-il indéfiniment sacrifier le service public soumis aux obligations afférentes en alimentant une école privée concurrente qui développe un enseignement particulier et clérical ? "

Comment ne pas craindre également que des entreprises bienveillantes proposent leur service en échange de ... un peu de publicité (vous avez dit compote ?) ?

Le service public d’éducation doit rester intégralement public et les fonds de l’état doivent aller exclusivement au service public, nous nous devons de le défendre !

- des inégalités criantes entre territoires

D’une école à l’autre, les conditions d’enseignement ne sont pas identiques ; certaines différences sont inhérentes aux territoires dans lesquels sont implantées les écoles (une école dans le Cantal n’a pas le même profil d’élèves, pas les mêmes problématiques qu’une école à Marseille par exemple). Différences de locaux, de budget, d’effectifs ... se rajoutent déjà et l’état ne joue pas le rôle de modulateur qu’il devrait assumer.

Mais il va falloir rajouter à ces différences déjà injustes une différence d’offres quantitative et qualitative en matière d’activités périscolaires. On voit bien quel pourrait être l’enjeu pour les communes lors de la carte scolaire d’avoir une école plus attractive que celle de la commune voisine. Est-ce cela qu’on veut pour l’école ?

Cette mise en concurrence des écoles risque de générer encore davantage de ségrégation sociale alors que nous sommes profondément convaincus de l’importance et des bienfaits de la mixité sociale (lire à ce propos l’interview de Agnès Van Zanten dans le "Fenêtre sur cours" spécial Universités d’automne 2013)

Alors, quelles actions ?

Le SNUipp-FSU a initié une "Quinzaine d’actions" du 4 au 20 Novembre pour réclamer une réécriture du décret et non un retour à la semaine Darcos ! Les actions peuvent revêtir différentes formes selon les départements (grève, rassemblement, interpellations ...) . Tous les départements se retrouveront dans une action commune le 20 Novembre où des délégations de chaque département doivent se retrouver devant le ministère pour porter nos revendications.

Les mobilisations sont inégales sur le territoire de par l’avancée de la mise en place de la réforme, de part des contraintes et habitudes de fonctionnement différentes et certaines sections du SNUipp-FSU ont lancé des mots d’ordre de grève, souvent pour le 13 novembre, faisant ainsi écho aux collectifs de parents appelant au boycott de la journée de classe de ce mercredi 13 novembre.

Le SNUipp-FSU 87 a consulté ses syndiqués et il ne s’est pas dessiné une majorité en faveur d’une journée de grève. Après la réussite de la grève du 12 février dernier (60% de grévistes au plan national), où, soit dit en passant, le SNUipp-FSU s’est retrouvé bien seul comme syndicat représentatif impliqué, et les multiples actions organisées (rassemblements, manifestations, distributions de tracts, pétitions, réunions publiques, RIS...), les remontées du terrain font apparaître, outre une certaine colère, la nécessité de mise en action des parents d’élèves mais aussi des agents territoriaux, des municipalités...

Il y a un appel national de certaines fédérations, fortement minoritaires dans notre département comme dans l’ensemble du pays, à une grève nationale le 14 Novembre, pour le retrait de la loi. Le SNUipp-FSU demande, lui, qu’une réforme soit effectivement faite, mais pas celle-là ! Une réécriture est plus que jamais nécessaire ! Nous ne voulons pas d’un retour à la réforme Darcos, que nous avons fermement (et définitivement) combattue !

Des parents appellent à ne pas mettre les enfants à l’école le 13 Novembre répondant ainsi aux souhaits de collègues de l’implication des parents pour combattre cette réforme. Cet appel est déjà relayé dans certaines communes de notre département.

Pas de recette miracle donc pour réécrire la réforme que NOUS souhaitons mais vous pouvez d’ores et déjà signer et faire signer la pétition en ligne du SNUipp ; un nombre important de signatures assure plus de poids dans les négociations.

Lors de la tenue des conseils d’école, nombreux ces jours-ci, à chacun, parent ou enseignant, de faire entendre sa voix pour
- souligner les dysfonctionnements qui existent (certains parents ont ainsi refusé de signer le règlement intérieur actant les nouveaux horaires de l’école)
- demander un nouveau report pour ceux qui souhaitent conserver l’organisation actuelle
- proposer des organisations du temps scolaire qui nous paraissent souhaitables même si elles dérogent au décret . (le site de Claire Leconte, chronobiologiste reconnue, que nous avions invitée lors d’une précédente RIS, est très intéressant à consulter et donne des pistes)

Le SNUipp-FSU continuera à porter la voix des collègues lors des comités de suivi départementaux et nationaux ; n’hésitez donc pas à nous appeler pour nous faire part de toutes vos remarques (négatives et positives) . Nous pouvons nous déplacer dans les écoles pour rencontrer les équipes (sur le temps de pause méridienne, ou après l’école) et ainsi pouvoir discuter plus facilement. N’hésitez pas à nous solliciter ! Nous nous ferons un grand plaisir de venir dans votre école, à votre rencontre et à votre demande !

Et ... on en est bien conscient, c’est une lutte longue, complexe et difficile qui conduira à obtenir une meilleure école pour tous, enfants et enseignants, mais nous ne lâcherons pas ! Les enjeux sont énormes, à la mesure de ce qu’il faudra remuer pour aboutir et il nous appartient à tous de mener le combat.

Liliane Raynaud et Fabrice Prémaud

 

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