www.snuipp.fr

SNUipp-FSU 87 Haute-Vienne

Vous êtes actuellement : Actualités et actions nationales 

fontsizeup fontsizedown impression s'abonner  à la rubrique {}
1er octobre 2018

CR RIS Paul Devin : "de la politique Blanquer ..."

Nous avions déjà reçu Paul Devin en Septembre 2015 pour une RIS sur les droits et les devoirs de l’enseignant et c’est avec un grand plaisir que nous l’avons retrouvé cette année pour deux interventions consécutives (une le matin et une l’après midi : quand on aime, on ne compte pas !), interventions au cours desquelles nous avons pu l’écouter et échanger sur le sens de l’évaluation (qu’est-ce qui change avec PPCR ?), et sur de nombreux aspects de la politique menée par Blanquer.

Paul Devin est secrétaire général du SNPI-FSU (Syndicat national des personnels d’inspection), il a longtemps exercé ses fonctions d’inspecteur dans le 93 après avoir été professeur des écoles puis conseiller pédagogique. Et oui, on peut être inspecteur et syndicaliste … et de plus appartenir à la FSU ! Et donc défendre les valeurs qui nous sont communes !

De nombreux collègues (plus d’une soixantaine) ont participé à ces RIS , ci-dessous un essai de compte-rendu pour ceux qui n’étaient pas là mais difficile de rendre compte de la totalité des débats … alors voilà des infos, des notes, des remarques, des extraits … pris au fil de cette journée. C’est long mais tout n’est pourtant pas dit ! Alors lisez, grappillez, échangez, consultez les liens, retrouvez les écrits de Paul sur son blog (pauldevin.com) sur twitter, Facebook, mediapart ….C’est gratuit et pourtant tellement riche !

Préambule :

Fabrice Prémaud, co-secrétaire du SNUipp-FSU87, après avoir parlé brièvement de l’actualité locale, a abordé les questions de carrière qui étaient au rendez-vous de cette matinée !

Pour toute question pratico pratique « quand vais-je changer d’échelon , vais-je avoir un rendez-vous de carrière …. ? » Vous pouvez nous appeler à la section ou envoyer un mail.

Vous pouvez également retrouver les principales informations (carrière, avancement, salaires …) sur le site du SNUipp-FSU https://www.snuipp.fr/pages/carriere

Dernière info importante  : vous avez encore quelques jours pour faire un recours si vous n’êtes pas d’accord avec l’appréciation mise par votre IEN lors de votre RV de carrière effectué en 2017/2018 Visionner un extrait vidéo de la RIS.

PPCR, carrières, inspections, questions ...

Paul Devin a fait un petit rappel historique de l’inspection et comment au-delà de l’idée de contrôle et de formation , la notion de mérite tend à devenir prépondérante (sous le gouvernement Hollande, on parlait de « valeurs professionnelles » mais il s’agissait bien de la même chose)

Dans le cadre de la réforme de la fonction publique « cap 22 », on améliorerait la fonction publique par l’instauration du mérite qui influerait directement sur les salaires (accélération des carrières , primes ).

Si on est bien d’accord qu’un contrôle est nécessaire pour pouvoir garantir l’intérêt général de la Fonction Publique et des élèves, les inspecteurs sont-ils les plus à même d’assurer ce contrôle ?

Mais si ce n’est pas eux, qui ?

o Organisme extérieur comme en Angleterre ? C’est le règne de la technocratie, on aboutit au « teaching to test »

o Les élus locaux ? (rire de la salle….), pas évoqué par les politiques

o Les directeurs avec création d’un statut : peut être compliqué dans les relations avec les collègues, est-ce que ça réglera les problèmes ? on peut en douter… Et on peut se poser la question de qui sera affecté sur ces postes…

o Les usagers : parents ?

o L’évaluation collégiale : se mettre autour d’une table et discuter… ? Pas simple !

Le système des inspecteurs reste sans doute le système qui garantit le mieux l’intérêt général mais sur lequel on se doit de batailler car le cœur du métier de l’inspecteur, c’est d’accompagner les enseignants. Aux enseignants de reprendre la main sur leur évaluation, c’est cela aussi reprendre la main sur son métier. En pédagogie, il n’y a pas de certitude absolue donc ce qui devrait lier enseignants et inspecteurs c’est « comment faire ensemble pour mieux démocratiser l’école ? »

Mais la politique de Blanquer pose un certain nombre de problèmes avec un discours de renoncement de la liberté pédagogique…

Qu’est-ce que la liberté pédagogique ? Ce n’est pas un avantage pour l’enseignant, c’est une construction historique pour garantir un service publique d’éducation.

C’est : ne pas donner au pouvoir politique la possibilité d’intervenir dans la pédagogie. Bien sûr il y a besoin d’une politique nationale d’éducation, mais pas d’injonction des politiques sur la pratique quotidienne de l’enseignement.

Condorcet en 1793 : « aucun pouvoir public ne doit avoir ni l’autorité, ni le crédit d’empêcher le développement des idées nouvelles »

Le SNPI-FSU a rédigé une charte déontologique du métier d’inspecteur :

o Indépendance de l’inspecteur

o Respect des droits civiques des enseignants

Ne pas oublier que l’apprentissage est très complexe et ne peut pas se conformer à des méthodes (ce que Blanquer essaie aujourd’hui d’introduire, on peut aussi parler des méthodes Montessori, etc…). Le travail de l’enseignant n’est pas de reproduire mais de s’interroger sur ce qui fonctionne aujourd’hui et ne fonctionnera peut-être pas l’année d’après, il s’agit de s’adapter à ses élèves… Inspecter un enseignant le jour d’une grève c’est l’empêcher d’exercer son droit.

o Le respect de l’expertise de chacun, enseignant et inspecteur, confrontation des expertises

o La relativisation des certitudes : en pédagogie, il ne peut y avoir de certitudes. La pédagogie n’est pas une science exacte.

o Les fondements réglementaires de l’autorité : en dehors d’un texte réglementaire, obliger un enseignant est un abus de pouvoir.

La réforme PPCR apportait un progrès dans la disjonction entre évaluation et et progression de carrière disjonction que défendent les syndicats de la FSU.

Mais la réalité est légèrement différente : l’institution a mis en forme les rendez-vous de carrière et le contrôle mais n’a pas mis en forme l’accompagnement. La relation inspecteur/enseignant ne se réduit aujourd’hui quasiment qu’aux rendez-vous de carrière.

Il est important aujourd’hui de reprendre la main et de ne pas se laisser faire. On peut dire ce en quoi que l’on croit. Et on peut essayer d’agir. On peut par exemple demander des audiences à nos inspecteurs quand une notation, une injonction nous pose problème (les représentants SNUipp des personnels sont là pour vous accompagner)

Ne pas oublier que l’on peut construire collectivement au sein des écoles ; c’est un appui fort !

- PPCR, pourquoi les syndicats de la FSU ont-ils signé le protocole ?

Parce que pour une grande majorité des collègues (mais pas tous, on le sait bien hélas !), c’est l’assurance de passer à la hors classe donc d’être mieux payés. Et cela a permis à la FSU d’intervenir tout au long du processus et de faire bouger les lignes.

 - Après un an de recul sur PPCR, les inspecteurs abordent-ils les rendez-vous de carrière de manière différente que les inspections « à l’ancienne » ?

Il y a moins de rendez-vous de carrière qu’il n’y avait d’inspections programmées précédemment. Donc le temps gagné pour les inspecteurs devrait être réinvesti dans l’accompagnement. Mais les inspecteurs sont noyés par les demandes institutionnelles et se contentent donc pour beaucoup de rencontre les collègues à la seule occasion de ces RV de carrière. A eux aussi de reprendre la main sur leur métier ! Toute une génération d’inspecteurs est porteuse du discours ministériel (et quand le discours ministériel change, ils changent eux aussi de discours …) Pas de formation des inspecteurs à l’accompagnement, certains restent tiraillés entre le mode des anciennes inspections et ces nouveaux rendez-vous de carrière.

Difficile de donner des indications quant au contenu , à la teneur de ce que sont les RV de carrière car selon les inspecteurs, les demandes et exigences ne sont pas les mêmes … Les docs à remplir en amont sont plus ou moins pris en compte …

 - La méthode « Agir pour l’école » peut-elle être obligatoire (méthode qui s’appuie sur les neurosciences et qui est présentée comme LA méthode qui va réduire l’échec scolaire, qui est financée par des fonds privés, Bettencourt, Dassault …) ) ?

Certains inspecteurs ont essayé d’imposer les méthodes de « Agir pour l’école » ; ils n’en ont tout simplement pas le droit ! Ils peuvent bien sûr essayer de faire pression auprès des collègues mais si c’est le cas, demander à son inspecteur de montrer quel texte de loi impose cette méthode (attention une note de service n’a pas valeur de loi !) , il ne pourra pas le faire donc pas d’obligation.

Politique de Blanquer, son projet pour l’école ( tellement loin de notre projet porté par la FSU !)

Trois grands axes :

- L’importance de la rhétorique, de la communication :

« 100% de réussite » : discours creux, qu’est-ce que la réussite ? mais discours populaire Les classes de CP/CE1 à 12 élèves (comment reprocher à ce gouvernement, qui met en place une telle mesure, une politique libérale de restriction des moyens ? Et pourtant … ces créations de poste sont faites au détriment des autres classes ; il faudrait 4000 postes pour dédoubler, nous n’en n’aurons que 1800, tant pis pour les cycles 3 en REP, les écoles rurales, les PDMQC …)

- Des éléments qui peuvent paraitre indiscutables comme l’utilisation de la science, les grandes enquêtes internationales

Là aussi beaucoup à redire : L’utilisation de la science (avec une proximité dangereuse entre hommes politiques et certains scientifiques) permettrait de résoudre toutes les questions pédagogiques avec des méthodes ; or il n’y a pas de méthode qui résolvent tous les problèmes (cf plus haut !) Quant aux enquêtes, Blanquer utilise ce qui sert son discours mais s’il se fiait uniquement aux enquêtes internationales comme il le prétend, pourquoi rétablir le redoublement quand aucune enquête internationale n’en reconnait le bénéfice ? Les élèves français ne sont pas bons en lecture mais l’enquête PIRLS souligne le faible niveau en compréhension alors pourquoi axer touts les efforts sur l’apprentissage du code ??? (en plus ce sont les « élèves Darcos » qui ont été évalués …)

- L’école de la confiance !

La mise en place des évaluations CP et CE1 tend à montrer l’inverse ! La question du niveau des élèves est mise en corrélation avec les compétences des enseignants (où on revient à la rémunération au mérite…) Si on voulait vraiment travailler sur la résolution des difficultés soulevées dans les évaluations, des stages, des formations seraient proposés aux enseignants.

Ce vers quoi on va, c’est bien la mise en concurrence des écoles et des collègues, qui aboutira inéluctablement à la pratique du bachotage…. Déjà mise en œuvre dans des pays comme en Angleterre et évaluée très négativement par les enquêtes internationales si chères à Blanquer !

A propos de ces évaluations, vous pouvez retrouver ICI http://87.snuipp.fr/spip.php ?article3002 le témoignage d’une collègue de CP ; une collègue dans la salle nous apprend que les parents de son école ont adressé un courrier à l’inspecteur pour que les enseignants ne fassent pas passer ces évaluations …

Et Paul nous rappelle que d’autres évaluations très controversées ont été abandonnées sous la pression (évaluation CM2 sous Darcos), alors RESISTONS ! Les risques ne sont pas si grands …

Le recentrage sur les fondamentaux :

On sait bien que c’est un leurre !

De plus, en axant l’apprentissage de la lecture sur la compréhension lexicale, la fluence , les correspondances grapho/phonèmes … on creuse l’écart entre ceux qui ont accès à la culture de l’écrit et ceux qui n’y ont pas accès ! L’inverse de ce que NOUS voulons, mais que veulent réellement nos gouvernants … ?

Allez voir à ce sujet l’excellente émission d’ARTE « Demain, l’école », vous serez convaincus de l’utilité des arts plastiques, du sport, des activités manuelles ….

CAP 22 :

C’est l’ensemble des mesures préconisées pour réduire le coût des services publics à l’horizon 2022

Pour ce qui nous concerne directement, on peut citer

- Développement des contrats (et donc attaque contre le statut de fonctionnaire qui est pourtant protecteur à la fois des fonctionnaires et des usagers : indépendance face au politique et défense de l’intérêt général ) Et avec ce qu’on voit se développer, à savoir de plus en plus de personnels non formés qui prennent en charge des classes pour des remplacements (c’est déjà dur quand on est formé, mais sans formation !!!)

- Réforme des CAP et des CHSCT (ces instances sont menacées , pétition en ligne ICI)

- Mise en place d’établissements du 1er degré  : un principal adjoint au principal de collège serait nommé responsable du 1er degré pour toutes les écoles du secteur de collège

- « Mobilité »  : fonctionnaires pourront exercés d’une fonction à l’autre :

exemple, pas besoin d’avoir enseigné pour être principal adjoint (voir tiret précédent )

- Méritocratie

exemple bientôt à l’œuvre : en REP +, cette année, 1000 euros pour chaque enseignant mais à partir de l’année prochaine introduction d’une part variable , en fonction de quoi ?!

Vous pouvez lire sur ce sujet, l’article du café pédagogique

Paul Devin a aussi rappeler que se syndiquer est un droit fondamental inscrit dans la constitution : le droit de se réunir collectivement pour défendre ses intérêts (pas de honte à défendre NOS intérêts, ce sont aussi ceux de nos élèves et de la société !). C’est un droit fondamental garantissant notre démocratie ; il est urgent de l’utiliser car il est bien plus facile de faire disparaître les droits quand ils sont peu utilisés … et quand un gouvernement interdit à certains inspecteurs de faire venir dans leurs circonscriptions des chercheurs (qui ne sont pas en odeur de « sainteté » ?), la démocratie commence réellement à être en danger.

Et enfin, c’est grâce à nos syndiqués que nous pouvons organiser ces moments de rencontre, de paroles libres, d’échanges constructifs … alors rejoignez-nous : pour se syndiquer c’est ICI ou LA !

Fleur Bidon, Liliane Raynaud et Pascal Lavigerie

GIF - 187.6 ko
bandeau_syndic

 

19 visiteurs en ce moment

*Top SNUipp-FSU87 - 24 bis, route de Nexon 87000 Limoges - 05 55 43 27 30 - portable 06 71 64 13 33 - snu87@snuipp.fr
©Copyright 2006 - SNUipp-FSU 87 Haute-Vienne, tous droits réservés.