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13 décembre 2019

Petit argumentaire à propos des annonces de Philippe du 11/12/2019 sur les retraites

Le discours d"E.Philippe le 11 décembre est d’abord l’expression d’un choix : celui de passer en force sur la réforme des retraites. A quelques détails secondaires prés c’est l’intégralité des mesures préconisées par Delevoye en Juillet qui ont été défendues par le 1er Ministre. Exit "l’acte 2 du quinquennat" et Macron "à l’écoute".

"Droit dans ses bottes", l’exécutif accélère même la cadence en prévoyant l’ouverture du débat parlementaire avant même les élections municipales. C’est donc l’option "ça passe ou ça casse" qui a été prise.

1 - Les seules nouveautés portent sur les délais d’application de la réforme, pas sur le fond

Les seuls aménagements prévus pour faire "passer la pillule" concernent non pas le fond de la réforme mais l’allongement des délais de son application, tout en ayant pris soin de rendre celle-ci irréversible pour les gouvernements qui suivront : le début du "basculement" vers la retraite "à points" étant fixé à 2022. La réforme ne s’appliquera pas aux actifs nés en 1963 à partir de 2025, comme prévu par Delevoye mais en 2037 pour celles et ceux né.es en 1965, et elle ne s’appliquera qu’aux années travaillées à partir de 2025 et ce sera même plus tard pour les régimes spéciaux.

C’est là un premier angle d’attaque contre la propagande gouvernementale : cette contre réforme est tellement "positive", que le principal argument de "vente" pour la faire accepter est de vous garantir qu’elle ne vous concernera pas, mais s’appliquera seulement aux générations suivantes ! Ceux qui nous accusent de "laisser une dette à nos enfants", en défendant les régimes de retraites actuels, veulent nous convaincre d’accepter pour eux, une réforme que nous rejetons pour nous ! Prenons donc au mot Philippe qui dans sa déclaration a affirmé : « La France n’a pas fait le choix du chacun pour soi et du tant pis pour les autres, et je crois qu’elle ne fera jamais »,

2 - "l’âge pivot" confirmé...même s’il est décalé de 2 ans

Ce mécanisme qui consiste à maintenir un "âge légal" de départ à la retraite à 62 ans, mais à instaurer un "âge pivot", à 64 ans, en-dessous duquel une "décote" de 5% est appliquée, entrera en vigueur en 2027 au lieu de 2025. Ce petit décalage ne change rien sur le fond. L’âge légal sera une référence formelle, puisque partir à 62 ans signifiera une diminution de la pension de 10% . Un "luxe" que la plupart des salarié.es ne pourront s’offrir, contraints de travailler plus longtemps...quand ils ont un emploi, ce qui n’est souvent plus le cas dans le secteur privé et quand ils seront en état de le faire ! D’autant plus que compte tenu de l’espérance de vie "l’âge pivot" est appelé à passer à 65 , puis 66 ans, voire plus ! Philippe confirme ce que Macron avait déjà dit : "il faudra travailler plus longtemps" dans un pays où le taux de chômage reste élevé (près de 9%), ou les emplois précaires, le temps partiel imposé se développent, et où beaucoup de jeunes n’arrivent pas à entrer sur le marché du travail. Philippe propose même des aménagement pour cumuler retraites (de misère) et "petits boulots" (de merde) pour les retraités ! Commençons par répartir le travail entre toutes et tous, à donner un vrai emploi aux jeunes, aux femmes, et à toutes celles et ceux qui souhaitent travailler (et qui cotiseront pour les retraités) avant de rallonger la durée du travail.

3 - Les partenaires sociaux "responsabilisés"... pour imaginer les reculs sociaux

Philippe a également précisé : "la valeur du point ne sera pas fixée à la sauvette, au gré des budgets", mais par les "partenaires sociaux" associés à la "gouvernance" du futur établissement public qui gérera le futur régime universel. "La loi prévoira une règle d’or pour que la valeur du point acquis ne puisse pas baisser" avec "une indexation non pas sur les prix, mais sur les salaires, qui dans notre pays augmentent plus vite".

C’est tout sauf une garantie, car ce que n’a pas rappelé Philippe c’est que le fondement de la "retraite par point", c’est une autre "règle d’or" bien explicitée dans le rapport Delevoye .

1) La part des retraites dans le PIB doit être fixe 14% (alors que le nombre de retraités augmente)

2) l’augmentation des cotisations sociales est par avance exclue ; les "partenaires sociaux" devront donc imaginer des "solutions" dans ce cadre sous le contrôle du pouvoir politique. À eux en clair de faire le "sale boulot" de propositions (allongement de la durée de cotisation, recul de l’âge pivot) pour maintenir le système "à l’équilibre" dans ce cadre. Elles seront ensuite "reprises" par le pouvoir politique , sauf s’il y a désaccord et alors le gouvernement reprend la main. C’est bien ce qui s’est passé pour les retraites complémentaires du privé AGIRC-ARCO qui fonctionnent déjà "par points"

3) Pour le reste, les arguments ont été déjà largement développés ailleurs à propos du rapport Delevoye.

Les prétendues "compensations" pour les femmes, les salarié.es les plus précaires ne sont que des filets de sécurité dérisoires dans un système qui va faire reculer dramatiquement le niveau des pensions.

En prenant en compte toutes les années de la carrière et non plus les meilleures années, toutes les années de précarité, de temps partiel imposé, compteront et ce ne sont pas quelques "points" de plus ou la prise en compte de quelques périodes courtes jusqu’alors non validées qui vont modifier cette réalité.

De même pour les femmes, la suppression des avantages existants (les trimestres supplémentaires accordés à la naissance d’un enfant) ne sera pas compensée par l’attribution d’un bonus de 5% des le premier enfant. Il en ira de même pour le rabotage des pensions de réversion pour le conjoint survivant.

Les 1000€ accordés à tous et toutes pour les petites retraites sont aussi une arnaque. C’est d’abord une mesure ancienne (prévue en 2003 et jamais appliquée) ! Mais surtout elle ne s’applique qu’à celles et ceux qui auront une carrière complète, pas les autres !

4) Les garanties données sur la pénibilité n’en sont pas.

La déclaration de Philippe est restée sur ce point très évasive et il a renvoyé à des discussions ultérieures, même pour les professions des métiers "régaliens" (armée, police, gardiens de prison). Quant aux autres, c’est encore plus vague, tout comme les critères de la "pénibilité".

Ce qui est sûr par contre, c’est la disparition de garanties collectives pour certaines professions (par exemple la catégorie "active" pour les fonctionnaires qui pouvaient partir à 57 ans). Elles sont remplacées par des avantages individuels. Ainsi pour reprendre un exemple cité par Philippe, une partie des aides soignantes pourront se voir reconnue la pénibilité pour le travail de nuit....mais à condition d’avoir fait personnellement suffisamment d’heures de nuit. Là comme ailleurs, l’individualisation remplace la garantie "statutaire" ou collective.

Pour l’éducation nationale, Blanquer promet tout et n’importe quoi en terme de compensations salariales. Il n’a pas le budget. Les annonces fermes sont renvoyées à des "négociations ultérieures". L’enveloppe dont il dispose servira à imposer par des primes le new management et à nous faire travailler plus pour gagner moins. Conclusion

Maintenant que le projet a été "clarifié", il est clair que tout le monde sera perdant, et que la grève pour le retrait doit s’amplifier et se généraliser !

 

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