SNUipp-FSU 87 Haute-Vienne
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EVALUATIONS : et maintenant, les résultats !
jeudi, 18 octobre 2018
/ liliane

Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a présenté lundi matin les résultats "provisoires" des évaluations nationales alors même que certains collègues n’avaient toujours pas accès aux résultats de leur classe et que certains avaient déjà découvert des résultats très surprenants !

Plusieurs collègues nous ont déjà effectivement fait part de leur surprise en découvrant les résultats : leurs élèves parmi les plus brillants se retrouvent par exemple dans le groupe des enfants en difficulté !

Et la méthode devient habituelle mais est toujours aussi détestable : le gouvernement communique avec les médias avant d’avoir eu une quelconque communication en direction des enseignants.

Mépris un jour, mépris toujours !!!

Et que dire du sérieux d’analyses faites en un week end (puisque les collègues avaient jusqu’à vendredi pour renvoyer les résultats) ? Ah mais non, nous explique-t-on, ces analyses ont été faites sur un échantillon de remontées , ah mais alors pourquoi exiger que TOUS les élèves de CP et de CE1 les passent ?

Mais si, bien sûr, les scientifiques les lus scientifiques de notre pays vont pouvoir prescrire à chaque enseignant des recettes pour faire réussir TOUS les élèves. MERCI BEAUCOUP !

Ces évaluations ont suscité une très forte opposition chez les enseignants (cf notre article témoignages et celui du snuipp national) , évaluations que le SNUipp-FSU avait appelé à ne pas remonter, ou à faire passer ce qui pouvait l’être, y compris sans suivre les consignes de passation, bref à REPRENDRE LA MAIN SUR NOTRE METIER (cf notre article ICI). Ces évaluations donc , comme nous l’avions annoncé, servent au gouvernement pour décrédibiliser une nouvelle fois les enseignants et asseoir la vision de l’école qu’il veut imposer.

Le SNUipp - FSU a réalisé des vidéos avec les témoignages des collègues :
- EPISODE 1
- EPISODE 2

Ah oui, les enfants en début de CP ne connaissent pas le nom de toutes les lettres et le bruit qu’elles font ? Et alors ? Les enfants de grande section que j’avais dans ma classe ne pouvaient effectivement pas le savoir puisque je n’ai fait aucun apprentissage systématique dans ce sens, cette année comme les précédentes ... et pourtant , les enfants de notre école n’ont pas de difficulté particulière pour entrer et maîtriser la lecture !

Les pratiques pédagogiques sont toujours à interroger et à ré-interroger mais Mr Blanquer le fait au nom d’évaluations et de résultats pseudo-scientifiques. Pseudo parce que comment valider des résultats quand les conditions de passation ont été aussi variables d’un collègue à un autre ? Comment valider des résultats d’évaluations jugées inadaptées par tous ?

Certains collègues ont refusé de faire passer ces évaluations ou de les faire remonter. Les directeurs des écoles reçoivent actuellement des messages demandant justification de l’absence de remontées.

Nous engageons tous les collègues à répondre en faisant l’exposé des raisons qui les ont poussé à ne pas faire passer les évaluations et à nous envoyer le mail en copie afin que l’administration sache que nous sommes au courant.

Ne restez pas isolés !

Quand cela est possible, joindre une motion de conseil des maîtres précisant que l’ensemble des collègues de l’école était en désaccord avec la passation de ces évaluations.

Voici un exemple de compte-rendu / motion de conseil des maîtres pour vous aider à rédiger la vôtre. Un autre exemple de motion de conseil de maîtres ICI.

Pour ceux qui ont respecté les instructions du ministère et celles, nombreuses, de Mr Gratadour (plus de 20 mails !), et qui découvrent des résultats qui ne correspondent pas au profil de leur classe et de leurs élèves, il est important de faire remonter ces informations à votre IEN ( SNUIpp-FSU87 en copie toujours !) ; là encore, il est toujours mieux que le mail soit rédigé et envoyé par le conseil des maîtres mais il n’y a aucun risque à faire part de ses observations à son IEN.

Nous sommes tous concernés par ces évaluations car d’une part c’est une remise en cause de la maternelle , de l’enseignant de CP pour les éval’ CE1 et si elles s’imposent pour les collègues de CP et de CE1, des évaluations nationales formatées pourraient à terme s’imposer pour tous les niveaux avec un classement des écoles et des enseignants en vue ! Vous avez dit "prime au mérite" ?

Dans les solutions pour remédier au déplorable niveau des élèves révélé par les évaluations, outre le super kit qui va être proposé sur Eduscol (on espère que ce sont les mêmes que ceux qui ont conçu les éval’ qui vont concevoir les exercices !), Mr Blanquer dit qu’il compte sur l’obligation scolaire à 3 ans pour aider à surmonter les difficultés ... mais de qui se moque-t’on ?

Seulement, 2,4 % des enfants ne fréquentent pas l’école maternelle aujourd’hui, c’est ça qui ferait la différence demain !!??? Pour reprendre l’expression d’un collègue, arrêtez de nous prendre pour des jambons !

Par contre , vous pouvez lire ce court article de Paul Devin qui explique en quoi ça va favoriser les écoles privées !

De nouvelles évaluations sont prévues en ... Sommes-nous prêts à laisser faire ?

Le SNUipp-FSU appelle à résister par tous les moyens possibles :

- s’informer (suivez notre site, celui du café pédagogique, de Paul Devin...) informer autour de vous, nous informer de ce qui se passe dans vos écoles.

- communiquer à votre IEN toutes les questions, remarques .... que ces évaluations ont soulevées pour vous

- agir autant que possible à plusieurs (enseignants du même cycle, de l’école ...)

- faire grève le 12 Novembre !

- voter pour le snuipp-FSU et la FSU aux élections professionnelles en Novembre.

et pour pouvoir renforcer notre action, n’oubliez pas de vous syndiquer au SNUipp-FSU (comme CECI ou comme CELA). Il y a plus que jamais nécessité à disposer d’un outil collectif efficace. Le SNUipp-FSU est le premier syndicat du premier degré. Il est un des leviers principaux pour s’opposer, se battre tout en étant force de propositions.

Liliane Raynaud

Articles de presse sur les évaluations :

Des difficultés en lecture et en calcul mental : le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer livre, dans un entretien à 20 Minutes, les premiers résultats des évaluations menées dans les classes de CP et de CE1 à la rentrée, et aujourd’hui critiquées par les syndicats d’enseignants : ces évaluations en français et en mathématiques ont été lancées le 17 septembre pour plus de 1,6 million d’écoliers de CP et CE1. Selon des résultats provisoires, "23% des élèves en début de CP ont des difficultés à reconnaître les lettres et le son qu’elles produisent" et "8% ont des difficultés à reconnaître les nombres dictés", indique le ministre au quotidien gratuit 20Minutes. "Concernant les élèves en début de CE1, 30% lisent moins de 30 mots par minute, alors que l’objectif national est de 50 mots. Un élève sur deux (49%) a des difficultés en calcul mental et 47% ont des soucis pour résoudre des problèmes", poursuit M. Blanquer. Pour le ministre, des "difficultés sociales et familiales peuvent expliquer certains retards, notamment dans le langage". "C’est à l’école d’apporter à cet enfant ce que sa famille n’a pas pu lui donner. On ne doit laisser aucun élève de côté", argue-t-il. Jean Michel Blanquer compte notamment sur l’instruction obligatoire dès 3 ans pour améliorer le niveau des élèves. La mesure fait partie d’un projet de loi, dévoilé, ce matin, au Conseil Supérieur de l’Education. Le SNUipp, première organisation du primaire, dénonce, de son côté, des tests inadaptés, voire anxiogènes pour élèves qui devaient lire un texte comprenant des termes comme "glande pinéale" et "mélatonine". Dossier analysé par Hakim Kasmi.

23 % des élèves en début de CP ont des difficultés à reconnaître les lettres et le son qu’elles produisent. Ils ont besoin d’un renforcement de compétences pour bien entrer dans l’écriture et lecture... Concernant les élèves en début de CE1, 30 % des élèves lisent moins de 30 mots par minute, alors que l’objectif national est de 50 mots. Un élève sur deux (49 %) a des difficultés en calcul mental et 47 % ont des soucis pour résoudre des problèmes", indique JM Blanquer dans 20 Minutes.

> Il en tire des conclusions. Les enseignants " disposeront d’un kit pédagogique sur Eduscol.fr pour faire avancer les élèves sur les différents sujets... Les mesures que j’ai prises vont venir en appui des enseignants : le dédoublement des classes de CP et CE1 dans l’éducation prioritaire va nous permettre d’agir à la racine de la difficulté. Et l’instruction obligatoire dès 3 ans va mettre l’accent sur l’école maternelle et sur sur la richesse du langage. La réforme de la formation initiale et continue des enseignants va nous permettre aussi de renforcer leurs compétences".

> Enfin le ministre explique de façon très précise qu’il met fin aux cycle, pourtant inscrits dans la loi. " Il ne faut pas que le cycle produise l’effet pervers de reporter l’acquisition des compétences à l’année d’après. La fausse bienveillance c’est de procrastiner. Car ce qui n’a pas été consolidé en CP par exemple, devient plus difficile à acquérir ensuite. Certaines compétences doivent donc être acquises année après année et être évaluées ensuite". Des propos qu’aucun enseignant ne tiendrait mais qui flatteront les traditionalistes de l’Ecole.

> Des évaluations qui n’ont aucun caractère scientifique

> JM Blanquer clôt de toutes façons le débat en assurant que "avec ces tests nationaux, l’évaluation est scientifique et complète" puisqu’ils sont faits par les "meilleurs scientifiques", c’est à dire une partie de ceux qu’il a choisi lui même pour son conseil scientifique.

> Or si un fait est établi à propos de ces tests c’est qu’ils n’ont aucun caractère scientifique. On pourrait critiquer le choix des tests eux-mêmes et la façon dont ils ont été conçus. Mais le caractère fantaisiste des tests est établi dans leur mode de passation. Les tests ont été passés sur livrets papier directement par les enseignants dans leur classe qui ont ensuite saisi les résultats. Ces deux modes ne sont pas scientifiques. On sait qu’il y a des écarts énormes dans les conditions de passation des tests. Si le livret indique des séquences de 20 minutes, en fait certains enseignants ont respecté la consigne , d’autres ont dépassé un peu, d’autres ont triplé le temps, en fonction des réactions des élèves. Les résultats sont aussi faussés par le mode de saisie qui à encore varie d’un enseignant à un autre. JM Blanquer est d’ailleurs un habitué des tests farfelus. Il en avait fait réaliser régulièrement de 2009 à 2012 quand il dirigeait l’enseignement scolaire au ministère malgré les critiques portées par la Depp à l’époque et le HCE. Est-il utile d’ajouter que le raisonnement ministériel selon lequel une évaluation permettrait ensuite d’indiquer par ordinateur des ressources aux enseignants et de régler les difficultés repérées des élèves est du même niveau scientifique ?

> Ce que nous apprennent les vraies évaluations scientifiques en lecture

> Quand on veut connaitre le niveau réel des écoliers français on se reporte aux évaluations internationales Pirls pour la lecture et Timms pour les maths, les deux en Cm1. C’est ce que font les experts nationaux et internationaux. On dispose aussi des enquêtes Cedre menées de façon très rigoureuses auprès d’un échantillon d’élèves par la Depp. Or ces enquêtes ne tirent pas les mêmes conclusions que le ministre.

> En ce qui concerne la lecture, les résultats de Pirls 2016 montrent que les résultats des élèves français sont mauvais et en baisse par rapport à Prils 2001 et 2011. Comme Cèdre, Pirl montre une hausse de la part des élèves faibles : 39% contre 25% en moyenne dans l’Ocde.

> Mais ce que montre Pirls c’est que les jeunes français savent décoder. Il savent prélever des informations d’un texte. Ils ne savent pas en tirer des inférences pour comprendre les textes. Ils ont du mal à argumenter et à s’exprimer. Depuis 2001 nous avons perdu 8 points sur le prélèvement d’informations mais 21 sur l’interprétation. Des dimensions que les tests Blanquer évaluent très peu.

> Pirls pointe aussi des explications, au premier rang desquelles la faiblesse de la formation continue des enseignants français. Là on a un problème de postes tout simplement e t rien n’est fait pour améliorer la situation. Former ce n’est pas indiquer qu’à telle page d’Eduscol il y a plein de ressources... Cette faiblesse de la formation continue se retrouve dans les pratiques pédagogiques. Les enseignants français demandent autant que leurs collègues de l’OCDE de retrouver des informations dans un texte ou de dégager les idées principales d’un texte. Par contre ils sont nettement moins nombreux à demander de comprendre les textes. Ainsi ils sont deux fois moins nombreux à demander aux élèves de comparer le texte à des faits vécus ou à déterminer les intentions de l’auteur. Pour le premier point la France est tout en bas de l’échelle dans les 50 pays

> Pirls fait aussi apparaitre les classes surchargées des écoles françaises par rapport aux autres pays. Le faible niveau de satisfaction des enseignants : il est le plus bas de toute l’OCDE : 26 de très satisfaits contre 57% en moyenne. Et aussi, à coté des critères sociaux, le fait que la France est un des pays où les parents aiment le moins lire : 22% aiment la lecture contre 32% dans l’OCDE.

> Interrogé sur les résultats de Pirls, un des spécialistes les plus reconnus sur la lecture, Roland Goigoux, nous disait en 2017 : "On a commis deux erreurs. D’abord focaliser la question de la lecture sur le CP. Puis focaliser le travail du maître sur la maitrise de la langue, l’orthographe la grammaire, la conjugaison. On considère toujours qu’une fois que l’on sait déchiffrer la pratique de la lecture suffit pour avoir des compétences en lecture. Mais si l’on veut que notre école progresse il faut un plan d’enseignement explicite de la compréhension en lecture en mettant l’accent sur le cours élémentaire et le cours moyen. On ne peut pas analyser Pirls et conclure en disant qu’on doit renforcer l’orthographe, la grammaire en CP. Cette réponse n’est pas à la mesure du problème. Dans Pirls ce qui caractérise la France c’est le décrochage entre la compréhension explicite du texte et la compréhension implicite, fine. Ce n’est pas un problème de déchiffrage. Mais par exemple de comprendre ce que le texte ne dit pas et qui doit être déduit". > Et en maths...

> Pour les maths, Timms montre là aussi des résultats faibles. Seulement 23% des élèves de Cm1 français ont un bon niveau en maths contre 48% des européens et 42% de tous les participants. Il est vrai que ces élèves, comme ceux de Pirls , ont traversé les années de suppressions de postes alors que JM BLanquer était aux commandes. Ils ont aussi subi les programmes traditionalistes de 2008 que le ministre tente de remettre en place. Là aussi la taille des classes joue négativement sur les résultats et surtout la formation initiale et continue des enseignants. Car les professeurs des écoles français sont rarement de formation scientifique.

> Que faire ?

> Alors que faire des résultats des évaluations Blanquer ? Si l’on est ministre, les utiliser pour son image, pour jouer les parents contre les enseignants, pour justifier la suppression des cycles ou la prochaine réforme à mener en maternelle. Elles est annoncée pour 2019.

> Si on n’est pas ministre, il n’y a rien à faire de ces évaluations. Il faudrait s’en tenir à ce que Pirls et Timms ont mis en évidence et permis de comprendre. Faire les efforts de formation et d’investissements en ce sens et pour cela se battre pour un budget suffisant, ce qui n’est pas le cas. Ne pas tout déconstruire pour marquer son autorité. Faire preuve de continuité et d’humilité devant les évaluations sérieuses. Les enfants méritent que l’on prenne leurs difficultés au sérieux.

François Jarraud (café pédagogique)

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