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13 mars 2020

Coronavirus : l’Italie, c’est nous demain !

Il est temps de se poser les bonnes questions !
Non, au Snuipp-FSU 87, nous n’en sommes pas à récupérer le marc de café du local pour tenter de lire l’avenir dedans... Nous ne savons pas si nous connaîtrons bientôt une situation aussi grave qu’en Italie, mais les annonces de Macron ce soir montrent que nous sommes sur cette voie...

Pour autant, sans alarmisme, il faut déjà considérer que le Covid-19 a et aura des impacts sur nos vies, sous divers aspects, il s’agit d’en prendre conscience pour combattre ce qui peut l’être et éviter de tomber dans certains panneaux. Les questions que ce virus posent sont tant personnelles (risques pour notre santé et celles de nos proches...) que globales (sociales, crise économique, politique de la peur...) et professionnelles.

Santé : l’Italie est notre modèle et il y a de quoi s’en inquiéter !

J’ai vécu quelques années en Italie du Nord et y ai gardé pas mal d’amis, ce qui m’a amené à suivre avec un peu d’acuité la situation de l’autre côté des Alpes, par leur biais ou en lisant quelques articles de la presse indépendante. Faire des parallèles entre notre situation et la leur a fortement de quoi alarmer.

Comme en Italie, en France, les autorités ont commencé par définir des zones de confinement réduites autour des foyers d’infection ( là-bas, la fameuse zona rossa, ici Oise, Morbihan, Haute-Savoie et Bas-Rhin). La leçon italienne, c’est que cela n’a pas suffit, toute l’Italie est maintenant confinée et nous commençons à faire de même dès lundi en France. Alors, certes le coronavirus n’est pas la peste ni la grippe espagnole, mais ce n’est pas non plus « une grippette » comme cela a été dit lorsque c’était loin de nos frontières, on voit bien à présent sa dangerosité.

Comme en Italie, le gouvernement a tenu une politique absurde au nom de la Sacro-Sainte activité économique qu’il ne faut pas freiner. Dans la zona rossa comme dans nos départements touchés ou dans les annonces de Macron ce soir, toujours ce leitmotiv : tout doit fermer sauf les boîtes et les temples de la conso ! Après les gilets jaunes et les grèves, pas question qu’un virus prenne l’économie en otage... mais comme matraques et LBD sont assez inefficaces face au virus, on a recours aux bons vieux mensonges. C’est bien connu, le Covid-19 est dangereux dans les bars, les concerts, les expos, les écoles, les manifs mais il s’arrête bien sagement à la porte des entreprises et des supermarchés !!! La leçon italienne, ben c’est que ça ne marche pas et que le nombre de victimes augmente.

Comme en Italie surtout, notre système de santé a subi des décennies de privatisation et de réformes casses budgétaire et est déjà sérieusement en crise. Cela fait plus d’un an que grèves et cris d’alarmes sont lancés devant la situation désastreuse dans laquelle est plongé l’Hôpital public, des infirmières et internes aux grands mandarins tous se mobilisent. Mais Macron reste sourd, et Agnès Buzyn profite de la démission de Griveaux pour quitter le Ministère de la Santé et se recaser à Paris à un moment où personnels, nombre de lits et situation matérielle sont déjà insuffisants pour répondre aux besoins habituels... La leçon italienne c’est qu’avec un service de Santé en crise et plus globalement des services publics affaiblis, la crise sanitaire ne peut qu’augmenter : proportionnellement à la population, l’Italie est largement plus touchée que la Chine. C’est le maillage des services publics, par l’éducation, le dépistage, l’information, le suivi qui sont les meilleurs freins à une contamination.

Certes, il est légitime aussi de douter des chiffres et nouvelles que communique le régime chinois, pour autant il ne faudrait pas croire que nous sommes nous-mêmes épargnés par la propagande de nos régimes si démocrates. Et le journaliste et ex-député Salvatore Cannavò rappelle ce qu’on pourrait appeler la leçon chinoise : "Ces jours-ci on exalte la manière avec laquelle la Chine a géré la situation en remarquant, évidemment, qu’on ne peut suivre servilement la démarche d’un pays autoritaire. Mais on feint de ne pas voir ce qu’il y a de bon en Chine : une gestion coordonnée, une responsabilité directe de l’État et un rapport entre politique et économie dans lequel celle-ci, en temps de crise, doit céder le pas à la première. Elle a donc la force d’arrêter la production si cela permet de freiner la contagion". Ce qui explique probablement en bonne part le fait que la contagion reculerait aujourd’hui en Chine et qu’elle ne se soit pas étendue à tout le pays.

Crises, politique de la peur et récupération... et si le pire virus n’était pas celui qu’on croit ?

Lundi les cours du pétrole ont chuté de 25 %, le Cac 40 (dont Total) voit ses actions baisser brutalement aussi et, dès mardi matin "experts" et ministres se succèdent pour annoncer une récession probable et une crise économique façon 2008... tous les experts annonçaient un krach depuis des mois, ce jeudi il semble avoir eu lieu mais la solution est toute trouvée. Laquelle ? Toujours la même : les états, avec nos sous, devront sauver banques et grosses entreprises malgré les profits records engrangés ces dernières années. Et comme en 2008, derrière, il faudra faire des sacrifices budgétaires à nos dépens. Ce soir Macron annonce déjà des reports de cotisation et d’impôts pour les sociétés et, connaissant notre divin banquier, il y a fort à parier que cela soit tant pour les petites boîtes en danger que pour les grosses qui ont fait du gras ces dernières années. Les économies sur l’école ou la santé et la réforme des retraites sont déjà une conséquence du pognon balancé aux banques en 2008. À ce sujet, si chaque événement comme une crise sanitaire peut entraîner une récession, s’opposer à la réforme des retraites prend encore plus de sens. Puisque le cœur de la réforme Macron c’est la capitalisation des caisses de retraites, soit le périlleux placement en bourse des fonds qui alimentent nos pensions. La propagation de ce virus, c’est le cadeau que nous fait un système de production mondialisé dévolu aux seuls intérêts des parasites de la Finance, un système anti-social et anti-écologique... et il faudrait que nous continuions à leur faire des cadeaux ?

Et on nous prépare déjà à avaler tout ça. Toute la com’ va dans ce sens : face au virus la Nation devrait se serrer les coudes, oublier ses petites guéguerres, et écouter bien sagement les recommandations gouvernementales. Bien évidemment, il ne s’agit pas ici de s’opposer à toute politique anti-pandémie mais il ne s’agit pas non plus de perdre tout sens critique et d’avaler leur placébo : la politique de la peur ! Non la peur de la contagion ne nous fera pas oublier nos combats ! Eux non plus ne les abandonnent pas pour se consacrer entièrement à notre protection ! Retraites : le 49.3, le retour sournois d’une mesure d’âge alors que l’âge-pivot avait été abandonné, du moins c’est ce qu’ont cru Cfdt et Unsa... Remise en cause des droits démocratiques : dissuasion de manifester avec le virus, violences policières même contre les manifs féministes du 8 mars... Bref, la trêve, le gouvernement la demande mais ne se l’applique pas.

Au contraire, ce virus nous donne raison ! Si, face à la crise sanitaire, la cohésion sociale et la solidarité sont nécessaires. Nous avons raison de porter ces valeurs. Quand le gouvernement ne manipule que la peur et la division. Nous avons donc raison d’exiger plus de moyens pour les services publics. Dans la Santé, comme dans l’Éducation, nous ne pouvons pas toujours faire mieux avec moins, c’est le sens de notre opposition à la dotation prévue l’an prochain (lien). Nous avons donc raison de nous opposer à la réforme des retraites et à leur capitalisation. Nous avons donc raison de nous opposer à une politique sourde à la colère de la majorité, prête à passer en force. S’il espère être entendu, ce gouvernement doit d’abord entendre ! Il doit retirer sa réforme assassine, respecter le dialogue social et restaurer les outils de la solidarité dont les services publics sont l’un des pans essentiels.

Et dans nos classes ? Beaucoup de questions peu de réponses...

Les dernières circulaires ministérielles ou locales exigeaient la continuité pédagogique et la prévention sanitaire comme réponse au virus...

La prévention ? Qui connaît vraiment les conditions sanitaires réelles des écoles préfère en rire (nous avons d’ailleurs essayé d’éclairer notre hiérarchie mardi au CHSCT Académique voir notre compte-rendu). Et l’annonce de fermer les écoles dès lundi, montre bien qu’au fond, ils savaient la prévention scolaire insuffisante. Nous le redisons cette fermeture est nécessaire pour protéger nos élèves, mais certainement insuffisante. On sait que dans les familles les situations face à la santé sont très inégales entre les frais de santé, les quartiers abandonnés, ou les déserts médicaux ruraux. Pire encore, la politique gouvernementale a encore fragilisé l’accès à la santé des familles de réfugiés ou de sans-papiers : depuis le 1er janvier (Bonne année et la santé, hein !), leurs droits à l’équivalent de la CMU ont été réduits notamment par le biais d’un délai de carence de 3 mois.

La continuité pédagogique ? Si l’épidémie et les fermetures durent comment fera-t-on ? Des cours par internet ? Ҫa va être pratique sans moyens pour nous ou pour les familles (la "startup Nation" a probablement oublié la fracture numérique ?)... Ҫa va être pratique sans formation, ni plate-forme prévue... Ҫa va être pratique pour l’individualisation et la différenciation si chères à Blanquer ! Et comment on va faire pour inclure, avec des gamins chez eux devant leur écran ?! Comme pour les retraites, devant tant d’amateurisme et de com’ irréfléchie, il vaut mieux rire... puis combattre ! Antoine Guillaumie.

 

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